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Iran/Europe : la guerre des Donald

Iran/Europe : la guerre des Donald

Bruno Courtine, Associé chez Vaughan Avocats, livre son regard sur le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien.

Le 8 mai dernier à Sophia, Donald Tusk ouvrait le bal en disant de son homonyme de la Maison Blanche : « quand on a des amis comme ça, pas la peine d’avoir des ennemis ». Emboîtant le pas de l’ironie par l’escalade des menaces, Jean-Claude Junker dégainait quelques heures plus tard  la procédure officielle visant à activer la « loi de blocage », afin de contrecarrer les effets extraterritoriaux des sanctions américaines pour les entreprises européennes voulant investir en Iran.

C’est blocage contre blocage.

Tout le monde a bien compris que l’Amérique joue gros en misant sur l’asphyxie économique du pouvoir iranien, et le souci américain n’est pas tant celui de réduire la prolifération de l’arme nucléaire dans la région que de tout faire pour voir tomber le régime de Téhéran.  Pour les Européens, la doctrine était sans doute moins belliqueuse, faisant le pari d’un assouplissement du régime iranien contre son ouverture économique sur le monde. Or, en détournant l’objet de l’accord, l’Amérique montre une nouvelle fois qu’elle ne peut être un partenaire de confiance, entrainant dans sa stratégie les entreprises qui ont joué le jeu de l’ouverture.

J’étais, mardi 22 mai 2018, invité à Bruxelles par mes amis de Bourse & Bazaar, un think tank iranien animé par de brillants jeunes américano-iraniens très au fait de la situation des relations internationales.

Autour de la table s’étaient pressés tout ce qui compte de la communauté des affaires irano-européennes, ainsi qu’une délégation iranienne en service commandé et bien décidée à faire entendre la voie de l’Iran dans ce concert d’incertitudes. Mais au fil des déclarations des uns et des autres, une idée semble vouloir pointer son nez et qui pourrait sans doute inspirer en coulisse la volonté affichée de nos gouvernants à vouloir sauver l’accord sur le nucléaire iranien : Messieurs, rassurez-nous !

Rassurez-nous en mettant en place une licence d’exportation européenne qui permette aux entreprises européennes qui opèrent en Iran de ne pas subir les foudres de l’OFAC (Office of Foreign Assets Control) et des services du trésor américain. Rassurez-nous en nous permettant de traiter en euros avec nos banques, pour nous permettre d’investir et de gérer nos flux financiers pour nos opérations en Iran. Rassurez-nous en nous garantissant, moyennant des enquêtes poussées et certifiées par les services de l’Union Européenne, que nos contreparties iraniennes sont en conformité avec les règles américaines en matière de sanctions. Rassurez-nous en prenant en charge nos frais de défense en cas de conflit avec les autorités américaines, et couvrez-nous du risque de pénalités dès lors que nous aurons respecté nous même les règles qui nous sont imposées. Rassurez-nous en nous dotant d’institutions bancaires qui n’auraient pas à subir la pression des opérateurs américains et de leurs alliés des fonds souverains de certains pays du Golfe.

Que coûterait le financement d’un tel risque face à celui de la prolifération certaine de l’arme nucléaire dans la région, si vous ne parvenez pas à sauver la signature que vous avez apposée sur l’accord que vous estimez par ailleurs toujours respecté ?

Quant à vous, Messieurs et Mesdames de la délégation iranienne (car il y en avait dans la salle), rassurez-nous en garantissant ces engagements par l’affectation d’une partie de vos revenus pétroliers à la sécurisation de tels engagements.

Bruno Courtine